AccueilGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Survivre.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Courselune

avatar

Messages : 12
Date d'inscription : 31/10/2010

MessageSujet: Survivre.    Lun 1 Nov 2010 - 16:27


    Prologue.




    Le Silence.
    Présent sans être vraiment là.
    Mystérieux, insaisissable, malgré sa manière de s’accaparer l’univers en un soupir.
    Pour disparaître sous un murmure.
    Beau, précieux. Si fragile.
    Un trésor insoupçonné.
    Le Silence.


    Le monde n’est encore qu’apaisement. Celui, absolu, de la mort et de la renaissance.
    Elle y était plongée. Totalement. Elle n’a conscience de rien, mise à part cette étrange impression de n’avoir aucune consistance. D’être ici, en étant ailleurs. De n’être rien, et tout à la fois. Son esprit est vide. Vide de sentiment, vide de sensation, vide de souvenir, pareil à celui d’un nouveau né : vierge, attendant qu’on y inscrive le début de l’histoire. Les premiers mots, premiers sursauts d’un cœur neuf et d’une âme d’enfant.


    Dans un silence qui se devait éternel, un battement de vie. Le silence vole en éclat. La vie retrouve ses droits.


    Profond, lent, régulier. Martèlement sourd sur un tam-tam africain, choc enivrant d’une musique trop puissante contre les tympans, pulsations rythmiques d’un cœur au creux d’une poitrine. Elle se réveille peu à peu, sort lentement de sa transe en se raccrochant à cette étrange mélopée qui lui accorde la curieuse impression d’être vivante. D’exister. Impossible pourtant, elle n’est rien qu’un esprit embrumé qui déambule dans un néant simplement rompu par des heurts sourds, coupée d’un monde encore inconnu. Alors pourquoi une brise fraîche semble lui murmurer à l’oreille qu’elle ne posséde pas, que c’est l’heure de se réveiller ? Pourquoi l’espace s’emplit-il d’un discret parfum d’herbe sauvage si elle n’a pas de nez capable de sentir un tel arôme ? Pas de réponse, juste ces sensations qui se font plus persistantes. Elle attend. Une minute. Une éternité. Un hululement strident déchira le voile qui entravait son esprit.

    Elle se releva brusquement. Le Grand Duc qui l’observait depuis déjà quelques temps s’envola dans un battement d’aile affolé. En effet, il semblait particulièrement surpris que son cadavre se réveille en plein examen. La jeune fille couvrit l’oiseau d’un regard hagard, avant de contempler, un peu perdue, la clairière dans laquelle elle venait de se réveiller. Vaste, une herbe verte ondoyante sous la brise, ses frontières gardées par de hauts pins. Haute dans le ciel, la lune blafarde couvait la grande enfant de son œil rond, escortée de sa myriade d’étoiles étincelantes.

    L’étau qui comprimait sa poitrine se fit brusquement ressentir : son cerveau implora une bouffée d’oxygène. Des taches noires entamèrent une danse folle devant ses yeux exorbités, un bref vertige lui tira un douloureux hoquet. Affolée, ne sachant comment procéder, elle ouvrit la bouche et dans un geste désespéré, inspira profondément. Une goulée d’air frais déboula dans ses poumons qui se gonflèrent brusquement, percutant sa cage thoracique avec violence. La douleur fulgurante la coupa en deux. Les larmes jaillirent, ruisselants sur ses joues, sa respiration devint rauque et sifflante. Le froid mordit sa chaire nue, les odeurs assaillirent ses narines dilatées, les sons de la forêt envahirent son esprit, les couleurs entamèrent une danse folle devant ses yeux effarés. Elle naissait.
    Seule.
    Beaucoup trop seule.

    Des impressions trop brutales qui s’entassaient dans son fesprit, encore incapable d’assimiler autant de sensations en même temps. Confusion insupportable, les images des trente secondes de sa courte vie défilaient trop rapidement, en désordre, dévorant ses maigres repères. Chaos total, jusqu’à ce qu’une certitude ne domine le brouhaha de ses pensées. Plus strident encore que le hululement du Grand Duc. Plus hypnotique que le martèlement de son cœur au creux de sa poitrine. Le danger. Il s’imposa, ordonnant la fuite. L’adrénaline, sa fidèle compagne, électrifia le corps engourdis de la jeune femme. Elle se leva, ignorant ses membres tremblants et la migraine qui lui déchirait la tête, avança d’un pas chancelant avant de s’affaisser dans l’herbe. Une pierre érafla la peau de son front. Le sang jaillit, dégoulina sur ses yeux, masquant son regard d’un voile écarlate. Un gémissement rauque s’échappa de sa gorge. Puis un feulement farouche.

    Vous ne m'aurez pas.
    Cours, petit chat sauvage.

Revenir en haut Aller en bas
 

Survivre.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Avant tout. :: Corbeille.-