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 Le duc de Canterbury

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lilouche

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Date d'inscription : 08/11/2010
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MessageSujet: Le duc de Canterbury    Mar 9 Nov 2010 - 12:25

Le duc de Canterbury
Cela faisait une heure que j’avais envoyé ma chambrière quérir le duc. Sa majesté le roi était en voyage. En tant qu’épouse de ce dernier, je devais rester au royaume pour assurer le devoir de souveraineté, mais j’en avais assez d’être perçue comme une reine. J’avais envie que l’on me regarde pour la femme que j’étais. À 26 ans, porter la couronne se révélait être un lourd fardeau. Malgré tout, j’aimais le peuple que j’essayais de gouverner aux côtés de mon époux avec sagesse, dignité et justice. Ce n’était pas chose aisée. Pour l’instant, j’avais revêtu ma plus belle robe et inventé un prétexte pour revoir celui qui avait transporté mon cœur. Le duc n’était pas royal, mais en avait toute la finesse et la noblesse. Il avait su me charmer malgré mon devoir d’épouse du roi. Guillaume de Canterbury avait envers moi des sentiments si dévoués que cela m’éblouissait autant que m’embarrassait. Il m’aurait protégée de tous les dangers et n’hésitait pas à risquer même sa vie rien que pour quelques instants à mes côtés. Je trouvais que cela n’était que pure folie, et alors que ma raison me ramenait à la réalité et à la hiérarchie de mon rang, mes sentiments de femme ne me laissaient guère indifférente à ses actes chevaleresques.

Il était si différent du physique peu attirant de mon époux, que cela me ravissait les yeux autant que l’âme. Je ressentais pour sa majesté une tendresse mêlée de respect mais aucun emportement du cœur. Il m’était simplement sympathique comme un bon ami.
Parfois, je me demandais si Guillaume n’était pas une œuvre peinte par quelque artiste de génie. Son sourire éblouissant se reflétait dans un regard étonnamment doux mis en valeur par des traits d’une finesse remarquable. Ma raison ne pouvait intervenir dans son portrait puisque mes yeux étaient la fenêtre des sentiments qui m’animaient. Avec ce visage angélique parfaitement encadré par des boucles souvent cachées par son grand chapeau à plumes, vous comprendrez aisément qu’il n’y avait aucun doute sur mon inclination qui s’était transformée peu à peu en amour que je devais garder secret.
Cela m’était pesant de le croiser dans des bals officiels, aux bras d’une noble dame, obligée de garder ce visage aristocratique et presque indifférent, et de lui tendre seulement ma main à baiser, alors que j’aurais voulu ses lèvres sur les miennes. Il me les donnait mais c’est mon gant de satin blanc qui les recevait. Dans le secret de ma chambre je le portais à ma bouche pour avoir l’illusion que mes lèvres étaient baptisées par son adoration.

Sortant de ma rêverie, je portais mon regard sur la petite horloge ouvragée posée sur ma cheminée. Il aurait du se présenter une heure plus tôt. L’inquiétude commençait à s’immiscer à travers mon armure aristocratique et le léger tremblement de mes mains ne pouvait pas laisser de doute sur mon impatience. Je me tournais vers la grande fenêtre qui s’ouvrait sur un jardin parfaitement entretenu, mais même la vue des fleurs ne pouvait pas calmer mon inquiétude. On toqua légèrement à la porte ce qui eut pour effet de me faire tressaillir assez violemment.
Je tentais de maîtriser ma voix : « Entrez ». Ma chambrière s’avança discrètement et tout en faisant une gracieuse révérence, m’annonça l’arrivée de celui que j’espérais tant.
– Mr le duc est arrivé Majesté.
– Faites-le entrer Camille, et ensuite vous pourrez disposer, votre repos est mérité.
– Merci Madame.

Elle s’effaça pour laisser place au duc. J’avais retrouvé ma position face à la fenêtre pour ne pas laisser des élans de jouvencelle me prendre de court. J’entendis ses pas se rapprocher mais sa voix le précéda.
– C’est un honneur Majesté. Quelle est la raison de ma présence auprès de vous ? Votre chambrière ne m’a pas éclairé sur ce fait.
– Il n’y a pas de véritable raison, si ce n’est celle de…
– Quelle que soit la raison, je vous suis entièrement dévoué ma reine.

Ne pouvant plus attendre, je voulais lire sur son visage la sincérité de si belles paroles. Je me retournais lentement et le trouvais un genou à terre, la tête baissée vers ma robe. J’en fus tellement émue que je restais un instant figée par son hommage, puis je lui tendis la main en lui disant doucement :
– Relevez-vous mon ami.
Il le fit gracieusement, non sans m’avoir lancé un regard implorant l’amour. Décidée à lui dévoiler mes pensées, je lui avouai en tentant de me maîtriser :
– Cessez de me regarder ainsi, je risque d’en oublier mon statut et mes devoirs.
– Me reprochez-vous de vous estimer ?
– Loin de moi cette pensée… Seulement je vous estime moi-même déjà trop et je pourrais à mon tour tomber non à vos genoux mais dans vos bras.
– Mais je vous en prie, faites donc ma Dame.

Comme si ses mots m’avaient coupé les jambes, toutes les barrières que je m’étais imposées disparurent. Je n’étais plus reine, j’étais seulement une femme. Je crus percevoir que mon corps capitulait. C’est à peine si je sentis ses bras me sauver de la déferlante qui arrivait en moi. J’étais perdue mais je n’avais pas la moindre intention de me retrouver, je vivais entièrement cet instant. Rien ne m’importait, sauf sa tendresse, son emportement, lui. Juste avant que ses lèvres n’échouent sur les miennes, une part de raison tenta de me dissuader, peine perdue. Je cédai à ce que je pensais être un drame pour la reine, mais un bonheur pour la femme. Je n’avais pas de mot pour décrire la lumière que me procurait ce baiser. Il agissait avec une tendre sensualité que je n’avais jamais trouvée chez mon époux, même pour notre nuit de noces. Je me laissai aller en entremêlant ma langue à la sienne, savourant le miel de sa bouche. Je m’abandonnais à lui dans la conscience aigue que ce baiser serait l’unique que nous pourrions échanger. Au lieu de le repousser comme me le criait ma raison, je le serrai encore plus fort contre mon cœur pour nier l’inévitable adieu. Il resserra son étreinte, comme s’il ressentait l’émoi intense qui me ravageait. Je prenais conscience du bonheur exquis qu’il m’offrait, le plus plaisant de mon existence. Mais la culpabilité étouffa notre échange comme une fumée grise qui vint bloquer durant un fugitif instant les vagues de notre bien-être. Cela fut aussi bref qu’un pincement au cœur car l’instant d’après, je réalisai que c’était vraiment le seul que nous pourrions jamais échanger. Je voulais l’imprimer à ma mémoire comme sa bouche sur mes lèvres et ne jamais oublier la sensation qui m’envahissait. Je nouai mes bras autour de son cou tandis qu’il me penchait en arrière en un geste passionné.

À regrets, nous nous écartâmes, et lorsque je plongeai mes yeux dans les siens, je vis qu’ils brillaient de larmes en réponse à celles qui coulaient déjà sur mes joues. Mon bien aimé me prit les mains avec ferveur, je m’accrochai fébrilement aux siennes. Aucun sanglot ne put s’échapper de notre gorge trop serrée pour parler. Son regard répondait à la détresse du mien en une seule phrase inlassablement répétée : Ne me quittez pas. J’avais l’impression que s’il lâchait mes doigts, j’aurais pu en mourir. J’aurais tant voulu avoir la force de dire ces mots qui me brûlaient mais je ne pouvais pas, je n’y arrivais pas et je ne devais pas.
Perdus dans nos dernières secondes, il porta ma main à ses lèvres. Le contact de sa bouche sur ma peau me fit frissonner sous l’évidence de la fin de notre idylle. Il se détacha à peine de ma main, releva la tête et plongeant son regard criant de vérité dans le mien, il déclara : Je vous aime Alina. Adieu.
Je lui répondis d’un seul regard que son sentiment était partagé, puis, dans un mouvement de cape, il se retourna et quitta la pièce. Je restai là, appuyée contre le chambranle de la fenêtre, l’âme et le coeur glacés mais les lèvres encore brûlantes.

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